KARATE-DO

Calligraphie de Shigeru Egami
Calligraphie de Shigeru Egami

 

En japonais, le kanji kara () signifie le vide, plus précisément la vacuité au sens bouddhique du terme, « te » est la main et, par extension, la technique avec laquelle on la réalise. dō () signifiant « voie », karate-dō peut être traduit par « la voie de la main vide » et/ou « la voie de la main et du vide », compris dans le sens « la voie de la vacuité (au sens bouddhique/Zen), réalisée par la main (les techniques) » et/ou dans le sens « la voie des techniques sans armes (dans la main) ». Les différentes interprétations ne s'excluant par mutuellement.

 

À l'origine, karaté était écrit avec les kanjis 唐手 (tō-de : main Tang ou la main de Chine). En 1935, en raison de la montée du nationalisme japonais, et aussi surtout à cause de l'antagonisme sino-japonais, et pour faciliter la reconnaissance et la diffusion du karaté, Gichin Funakoshi a remplacé ces kanjis, pour « gommer » l'origine chinoise, sacrifiant ainsi à l'usage japonais du moment (remplacement par des kanjis de prononciation équivalente, d'"origine" japonaise).

 

 

Le style Shito-Ryu

Créé en 1934 par Mabuni Kenwa, le Shito-Ryu est l'un des 4 styles majeurs actuels de Karaté. Il est une synthèse de techniques du Shorin-Ryu de Itosu Anko et du Shorei-Ryu de Higaonna Kanryo. Mabuni nomma son style Hanko-Ryu puis Shito-Ryu en hommage à ces 2 maîtres. Il rassemble donc les techniques et kata issus du Shuri-Te, que l'on retrouve en Shotokan et du Naha-Te que l'on retrouve en Goju-Ryu.

Les katas de base sont visibles depuis la page Videos

Issu de la célèbre famille de samouraïs "Onigusuki" (appartient à la 17e génération), Kenwa Mabuni est né à Shuri, Okinawa, le 14 novembre 1889. Étant faible dans son enfance, il a commencé la pratique du Shuri-Te ("main" de Shuri), à l'âge de 13 ans, sous la direction du maître Anko Yasutsune Itosu, à l'époque où l'enseignement des arts martiaux était réservé, aux personnes de haut rang ou aux descendants de samouraïs. Sa formation comprenait l'étude des techniques de la "main vide" et l'étude du Kobudo. Pendant sa formation, il se lie d'amitié avec Choyun Miyagi qui fonda plus tard le Goju-Ryu. Celui ci le présente, alors qu'il n'avait que 20 ans, au Maître Kanryo Higaonna, qui était rentré de la province de Fuken en Chine, et Il enseigne son style de combat, Naha-Te (la "main" de Naha).

 

Après avoir obtenu son diplôme d'études supérieures, il a travaillé pendant 10 ans dans la police dans différentes régions du pays, travail qui lui a permis d'étudier avec d'autres experts locaux.

En parallèle, Mabuni perfectionne sa connaissance du kobudo, s'entraînant sous les ordres du plus grand représentant des îles, Maître Sakumoto, afin d'améliorer encore la Pratique du Bo et Sai, et avec Maître Aragaki, maîtrisant ainsi Bo, Sai, Tonfa, Kama et Nunchaku. Il acquière ainsi une connaissance approfondie de nombreux katas et se forme auprès de nombreux grands maîtres de l'époque tels que ceux déjà mentionnés : Anko Itosu, Kanryo Higaonna et Seisho Aragaki, Tawada Shimboku, Sueyoshi Jino ou Wu Xianhui (également connu sous le nom de Go Kenki). En 1924, Kenwa Mabuni fut nommé instructeur dans deux écoles et un an plus tard, avec d'autres enseignants, ils fondèrent le "Okinawa Karate-Do ", un dojo dans lequel ils enseignèrent leur art. Il était formé de grands maîtres de l'époque tels que Juhatsu Kyoda, Chojun Miyagi, Choyu Motobu, Chomo Hanashiro, Choju Oshiro, Chosin Chibana ou Go Kenki.

 

À Okinawa, il a enseigné son art aux forces de police de l'île. Il effectua de nombreuses visites au Japon depuis 1920 pour étendre son système. Il retourna ensuite à Kyoto en 1922 mais ne s'installa définitivement au Japon qu'en 1929 (rencontre avec le fondateur du judo Jigoro Kano avec qui ils parlèrent de l'expansion et la vulgarisation de l'art du karaté). Établissant sa résidence à Osaka, il enseigna à temps plein dans des universités et des services de police. Au début, il appelait son style Hanko-ryu (style semi-dur). Puis il présente son style à la Butokukai sous le nom de Shito-ryu, en l'honneur de ses professeurs, puisque ce nom était une dérivation du premier. Kanji des noms d'Itosu et de Higaonna. Avec le soutien de Maître Sakagami, il a ouvert plusieurs dojo dans la région d'Osaka, notamment l'université du Kansai et le dojo du Karate-do Kai du Japon. En 1931, l'organisation Nihon Karate-do Kai fut créée comme moyen de centralisation et noyau du style Shito-kaï. Parmi ses étudiants les plus prestigieux, on peut citer Kenei Mabuni, Kensei Kaneshiro, Teruo Hayashi, Kenzo Mabuni, M. Tsujikawa, Tomoyori Watanabe, Ryushu Sakagami, Manzo Iwata et Chojiru Tani.

 

Il a publié une série de livres techniques, ainsi que de nombreux articles dans des revues spécialisées, dont les titres sont: "Seipai No Kenkyu", "Yosi-Goshin-Jutsu" et "Kobu-Juzai-Goshin-Jutsu Karate Kempo".

 

Le Shito-Ryu Karate-Do crée par Kenwa Mabuni, vient de Ito (de son professeur Itosu) et To de Higa (de son professeur Higaonna). Son style, contrairement aux autres styles de karaté, contient un grand nombre de katas, qui sont pour Kenwa Mabuni les piliers du karaté.

Il est décédé à Tokyo le 23 mai 1952, à l'âge de 62 ans, après avoir fondé l'une des écoles de karaté-do les plus répandues au Japon et dans le monde.

 

En savoir plus...

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Protocole, convenances, règles de savoir-vivre, politesse, courtoisie, sous-tendent une éducation morale. Certains comportements en sont les aspects formels, étudiés dès le début de l'apprentissage.

 

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Source : "iaïdô, L'art vivant du sabre japonais" par Philippe Sabatier, Kyôshi 7e dan